Défi littéraire de janvier - Vinyle
Le thème du mois chez Babelio est VINYLE ! Venez participer sur le forum !
VINYLE :
1. CHIM. Radical monovalent non saturé CH2=CH–. Chlorure de vinyle : gaz C2H3Cl qui forme des plastiques par polymérisation.
2. Matière plastique imitant le cuir, utilisé dans l’ameublement et le vêtement. « Ils sont six ou sept, masqués par leurs masques, vêtus de vinyle noir, avec des motos Trial pleines de boue. » LE CLÉZIO.
3. Disque microsillon en vinylite noire.
4. Matière dont sont faits les rêves de David Bowie, de Jim Morrison ou de Janis Joplin.
(Les trois premières propositions sont tirées du Robert 2012)
Défi littéraire de novembre/décembre chez Babelio - Réverbère
Le mot du mois chez Babelio, c'est RÉVERBÈRE ! Allez voir les contributions sur le forum !
L'inspiration m'est venue d'un titre du groupe The Kinks, 'Monica'. Je vous laisse apprécier...
La première fois que je l’ai vue, elle se tenait appuyée contre un réverbère. Je me rappelle m’être demandé pourquoi elle n’était pas sous l’abribus, tout proche. Il pleuvait. Menue et sombre dans son caban gris, un gros sac à ses pieds, elle semblait ne rien attendre et n’aller nulle part. C’est le premier souvenir que j’ai d’elle. J’étais dans le bus et cette fugacité me poursuivit toute la nuit.
Le lendemain, machinalement, je tournai les yeux vers le réverbère quand le bus le dépassa. Elle était là. Comme si elle n’avait pas bougé. Son sac était juste un peu plus lourd de pluie et elle, juste un peu moins présente aux choses. J’ai pensé que j’aurais pu descendre à cet arrêt et l’aborder. Mais, sous ce réverbère qui la noyait dans une lumière humide, elle était un monde à elle seule et ses frontières me repoussaient déjà.
Étrange de me dire qu’elle allait probablement passer une autre nuit sous ce réverbère. Ce n’était pas de la compassion, mais plutôt la singulière impression que, nulle part ailleurs, elle ne pourrait être mieux à sa place. Je ne connaissais d’elle que sa silhouette sous le réverbère et j’en avais fait son unique réalité.
Pendant neuf jours, je la vis sous le réverbère, jamais sous l’abribus, jamais assise. Juste son épaule gauche contre le poteau et son regard perdu dans l’insondable.
Le dixième soir, elle n’était plus là, son sac non plus. Il n’y avait que des fleurs coupées que la pluie achevait de faner sous la lumière solitaire du réverbère. Je n’ai jamais repris ce bus et, désormais, l’éclairage public me semble bien inutile.
Défi littéraire d'octobre - Photographie
Le thème du mois chez Babelio est PHOTOGRAPHIE : venez participer et lire les contributions sur le forum !
Elle est tombée d’un livre oublié. Je pensais l’avoir perdue au gré des appartements. Voilà qu’exhumant un carton de vieilleries, je retrouve l’instantané d’une seconde de jeunesse.
C’était nous deux dans ce parc dont nos semelles connaissaient tous les cailloux. L’été enfin fini nous faisait aimer à la folie les feuilles mouillées qui collaient aux pavés. Dans un coin de la photo, il y a des arbres qui se dépouillent, qui apparaissent dans une émouvante nudité de branches. Il y a des troncs gris de pluie et de vent.
Au milieu, il y a nous. Nous étions aussi jeunes que tous nos espoirs et l’automne en marche ne nous faisait pas peur. C’est lui qui portait nos enthousiasmes. L’été nous avait brisés, mais novembre nous caressait. Je me rappelle que tu n’as pris aucune photo de nos vacances au soleil. Tu n’aimais pas la lumière qui sature l’image et les vies qui s’étalent sans pudeur. Moi non plus. Ces vacances dans le sud, nous les avions pris pour croire que nous pouvions être comme tout le monde. Finalement, nous aimions mieux n’être personne.
La photo est un peu floue en haut. La laine de mon bonnet blanc se perd dans une brume malhabile. Tu avais demandé à un passant de nous prendre en photo sous ces arbres fièrement vaincus. Et ton regard sur cette photo ne lâche pas ton cher appareil. Tu veilles à ce que le passant ne le fasse pas tomber. Alors tu n’as pas l’air tout à fait là, tu es légèrement en dehors du cadre, en hors-champ de cet instant.
À quoi pensais-je au moment où l’objectif nous a saisies ? Sûrement à la promesse de l’hiver, ces quelques mois magiques qui m’ont toujours rendue plus heureuse et plus belle. Aujourd’hui encore, je n’aime vraiment que lui, saison parenthèse pour certains, saison sincère pour moi. J’aime les nuits qui commencent à l’aube. J’aime les feuilles blanches roulées en boule à l’ombre des jours.
Cette année-là, tu as pris tant de photos de nous. Deux folles dans le jour déclinant, se brûlant les ailes aux réverbères de la ville. Toi et moi, nous n’avons jamais aimé que la nuit et le froid. Ce cliché qui s’effrite aux coins est l’épitaphe de nos allégresses. Demain, l’automne sera de nouveau là, mais jamais nous ne revivrons l’insouciance de celui que la pellicule m’a rendu aujourd’hui.
Défi littéraire de septembre - Olive
Participez au défi littéraire de Babelio et venez lire toutes les contributions sur OLIVE sur le forum !
Le crime de l’estaminet ou le mystère des olives.
07h34, le lendemain – Hervé Malinvif a retourné les clichés de la scène du crime dans tous les sens. Il ne comprend pas pourquoi il y a des olives autour du corps de la victime. Il est fatigué, mais il doit rencontrer le Dr Alain Ricard pour le rapport d’autopsie avant d’interroger les trois suspects.
07h56 – Le rapport d’autopsie est confus. Le légiste a relevé une marque sur la joue, probablement un coup de poing, mais ce n’est pas ce qui a causé la mort. Il y a également des griffures sur le bras, probablement faites par des ongles de femme, mais la victime ne semble pas s’être défendue contre une attaque. Enfin, l’intérieur de sa main porte un large rond rouge et violacé, une empreinte impossible à identifier. Aucune trace de drogue dans le sang, une quantité d’alcool minime. Et Bernard Salvion ne s’est pas étouffé avec une olive. Pour le moment, on ne sait pas comment est mort le patron de l’estaminet.
08h21 – Gisèle Martin a quitté le poste après son interrogatoire. Elle a avoué s’être disputée avec la victime en fin d’après-midi. Son ex-mari avait encore refusé de payer pour une de ses extravagances. Très énervée, elle avait tenté de le gifler, mais il l’avait calmement mise dehors en la traînant par le bras. Elle l’avait griffé en se débattant.
09h13 – Donatien Ombelle n’a pas tué le patron de l’estaminet, mais il l’a frappé. Excédé que ses heures supplémentaires ne soient pas payées, il avait donné sa démission en milieu de soirée, pendant le coup de feu. Bernard Salvion l’avait copieusement insulté et Donatien avait enfin laissé s’exprimer sa colère en lui jetant une belle droite sur le coin du nez. Il avait aussi volé une caisse d’olives en bocal pour se payer lui-même.
10h52 – Étienne Gervaise a été difficile à joindre. Toujours entre deux appels de clients et de fournisseurs, il n’a pu accorder que quelques minutes à Hervé Malinvif. Oui, il a eu une violence discussion téléphonique avec la victime au cours de la soirée. Il ne voulait plus le livrer tant que les trois mois d’impayés n’étaient pas réglés. Et il l’avait menacé d’appeler l’agence du contrôle sanitaire.
14h28 – La fouille approfondie de l’estaminet a révélé quelques nids de souris et que le patron dissimulait des caméras de surveillance dans tous les recoins. L’examen des vidéos devrait aider Hervé Malinvif à comprendre ce qui s’est passé.
19h49 – Hervé Malinvif a reconstitué le fil des évènements. En début de soirée, Bernard Salvion met Gisèle Martin à la porte de l’estaminet après une discussion très animée. Deux heures plus tard, Donatien Ombelle frappe la victime et sort de l’estaminet. Bernard Salvion semble très agité sur les vidéos. On voit ensuite la victime au téléphone, très en colère et gesticulant. Après avoir violemment raccroché, il avale un petit verre de cognac et se met en devoir d’ouvrir une cinquantaine de bocaux d’olives pour accompagner tout ce que boivent les clients devant le match de foot. Après une trentaine de bocaux, Bernard Salvion porte la main à la tête, comme foudroyé par une terrible douleur. Sa main s’abat nerveusement sur une assiette d’olives. On voit la victime quitter la grande salle. La caméra de la réserve le montre ensuite appuyé sur le chambranle de la porte de derrière, le poing crispé. Puis il s’effondre en travers de la porte, sa main s’ouvre et relâche une poignée d’olives. Le légiste peut reprendre son analyse : rupture d’anévrisme causée par un effort répété et violent à la suite d’une forte tension nerveuse. S’il avait moins radin, le patron de l’estaminet aurait acheté un ouvre-bocal…mais olive soit qui mal y pense !
Défi littéraire d'août - Estaminet
Le mot d'août est ESTAMINET ! Venez lire les contributions et participer sur le forum !
Ce mois-ci, j'ai décidé de me compliquer la tâche. Je livre un texte inachevé qui ne trouvera sa fin (ou sa suite) que le mois prochain, quand le mot de septembre aura été choisi. Voilà qui promet...
Le crime de l’estaminet.
21h18 – L’estaminet qui fait l’angle de la rue Saint-Georges et du boulevard René Coty est bondé. C’est soir de match. D’ordinaire le patron bloque la télé sur la chaîne économie, c’est son truc les gros sous, mais ce soir il ne peut pas décevoir la clientèle et ça lui permet de faire un bon chiffre. Les tournées s’enchaînent. Il fait très chaud. On ne s’entend pas parler.
21h37 – En route vers les toilettes pour une vidange stratégique, Louis Antraing remarque que la porte de derrière est ouverte. Le courant d’air la fait battre contre un obstacle qui l’empêche de se fermer. En s’approchant, Louis Antraing découvre que ce sont les pieds de Bernard Salvion. Il est allongé sur le pavé, le visage bleu. Étouffé. Quelqu’un a tué le patron de l’estaminet.
21h54 – La police a bouclé le quartier et éteint la télé. Dommage, Roubaix donnait une bonne correction à Valence d’Agen. Les forces de l’ordre ont pris les noms des clients et dressé une liste de suspects. Il y a Gisèle Martin, dit Blondie, l’ex-femme de Bernard Salvion. Un employé les a entendus se disputer au sujet de la pension alimentaire. Il y a Donatien Ombelle, le serveur à mi-temps qui râlait parce que les heures supplémentaires n’étaient jamais payées. Il y a Étienne Gervaise, le fournisseur en vins et spiritueux qui n’a pas été payé depuis trois mois. Pour la police, c’est une histoire d’argent.
23h47 – L’enquête de voisinage ne pourra commencer que le lendemain. L’autopsie aura lieu aux premières heures de la matinée. Hervé Malinvif, lieutenant de police, connaît l’estaminet. Il est sur son chemin tous les jours. Il avait sympathisé avec Bernard Salvion. Pas le mauvais bougre, mais radin comme pas deux. Il était évident que sa pingrerie lui jouerait des tours. Mais la mort du patron de l’estaminet est curieuse. En examinant les clichés pris sur la scène du crime, Hervé Malinvif ne peut que s’interroger. Quelque chose cloche. Si le mobile semble évident, l’estaminet, lui, n’a pas livré tous ses secrets…
Souvenir de vacances
Babelio nous propose d'écrire un de nos souvenirs de vacances. Retrouvez tous les textes sur le forum !
Sur la route…
Je ne sais plus si le voyage nous menait sur la route des vacances ou s’il les laissait derrière nous. J’avais 5 ans, 6 tout au plus. Comme chaque été, nous nous étions entassés tous les six dans la voiture, selon le même schéma. Mes parents à l’avant, bien sûr, et papa qui conduisait, toujours. Mes petites sœurs sur la banquette du milieu, toujours à se chamailler. Et sur la dernière banquette, mon frère et moi. Et mon lapin en peluche. Impossible de partir où que ce soit, surtout pour un voyage aussi long, sans ma peluche. Enfant timide, inquiète, je m’accrochais à ce jouet avec ferveur. Mais à 5-6 ans, mes parents – mon père – avaient décidé que je devais m’en séparer. Et leur tentative fut brutale.
Descendue sur une aire d’autoroute pour une pause méritée après des heures suffocantes, la famille reprit la route en fin d’après-midi. En apparence, rien de changé dans la voiture. Si ce n’est moi, qui subitement compris que mon lapin n’était plus là. D’abord en silence, je fouillai la banquette, dessus, dessous. Enfin la panique : ma peluche, mon jouet adoré n’était plus là. D’une voix mouillée, je lançai la nouvelle à mes parents. Réponse de mon père : « Ta peluche a du tomber sur l’aire d’autoroute. On ne fera pas demi-tour. » Sentence sans appel. J’ai haï mon père pour la première et unique fois.
Terrifiée d’être privée de ce repère, j’entrai dans une crise de larmes sans pareille. Ce n’était pas un caprice, c’était la terreur, pure. Mon frère, même âge que moi, désolé, m’offrit plusieurs fois d’accepter sa peluche à lui. Il n’en avait plus besoin, je pouvais la prendre. Mais cet ourson adorable donné en offrande n’était pas mon lapin râpé et fripé. Je voulais mon lapin. L’habitacle hostile de la voiture se refermait sur moi, les larmes et la colère m’étouffaient. Je n’envisageai alors l’avenir que noir et sans joie. Une heure après la reprise du voyage, mon père prit une voie d’accès vers une aire d’autoroute. Il se gara, ouvrit le coffre, fouilla sous les valises et me tendit mon lapin, en disant d’une voie bourrue : « Le voilà ton lapin. On peut rouler tranquillement maintenant ? »
Le stratagème de mes parents avait pris l’eau, l’eau de mes larmes d’enfant ! Arrivés à destination, peut-être que s’ils avaient laissé passer le voyage et se calmer mon chagrin, mes parents auraient pu jeter ma vieille peluche. Je m’interroge encore sur la puissance de mes larmes : elles ont fait fléchir mon papa, cette montagne, ce grand homme que je n’ai vu pleurer qu’une fois, des années après.
Voilà pourquoi le chemin qui mène aux vacances me donne toujours des sueurs froides. Toujours la peur de perdre quelque chose en route. Pour moi, les vacances, ce sont une angoisse à l’aller et au retour, incapable de me rappeler si mes parents voulaient ouvrir mes congés sur une nouvelle liberté ou les clore sur une séparation. Mais mon lapin n’était pas un amour de vacances. Aujourd’hui encore, il n’y a pas un voyage dont il n’est pas. Et si j’aime ce qu’offrent les congés, du repos à l’aventure, mon cœur se serre quand je mets le pied dans la voiture…
Défi littéraire de juillet - Mélodie
Le mot de juillet est MÉLODIE ! Venez lire les contributions et participez sur le forum !
Mélodie urbaine
Oiseau, ruisseau, vent dans les feuillages : balivernes. Le chant de la ville est une autre harmonie. La partition est muette, mais les accords sont majeurs.
Je ne parle pas du vacarme des voitures, ni des sons venus d’outre-sol. Il ne s’agit pas des téléphones ou des clameurs vulgaires des restaurants. Ce n’est pas non plus le rire de l’enfant au parc ou le sourire menteur des bancs d’amoureux.
La mélodie de la ville, c’est une vibration que ne ressentent que les vrais citadins. Ceux-là ne sont pas nécessairement nés dans la ville, n’y ont pas toujours vécu. Mais ils l’ont choisie, ils y ont posé leur vie comme le bateau ne reconnaît qu’un port. Et la ville les a marqués de sa clé de sol.
Cette mélodie n’est que pour eux, que pour moi. Elle nous berce au quotidien, elle nous accompagne partout. Le chant des pierres est murmure pour nous, amoureux du pavé, fétichistes du lampadaire, collectionneurs d’enseignes. Cette mélodie ne s’écrit pas. Le seul interprète est la ville elle-même, tout à la fois orchestre symphonique et chef à la baguette virtuose.
Vous ne l’entendez pas ? C’est que vous n’êtes pas d’ici, que la ville ne vous reconnaît pas comme une corde de sa harpe. Vous avez le choix : rester et attendre que la ville vous intègre à son harmonie ; partir et abandonner toute chance de vibrer un jour au son du chœur de la cité.
Un seul bémol : cette mélodie ne nous suit pas quand on passe les portes de la ville. Il faut revenir pour l’entendre à nouveau. Comme une berceuse presque oubliée, elle laisse quelques notes à la frontière de nos lèvres, mais notre langue ne retrouve pas l’enchaînement. Plus on veut la fixer et plus les notes se font blanches, puis silence.
La mélodie de ma ville est la seule dont je ne peux me passer. Tous les lieux qui ne sont pas dans sa gamme sont mornes et indésirés. Ma ville me donne le La. Ce n’est pas la mélodie du bonheur : c’est la pulsation vitale en croche et bécarre.
Le pantalon de Pierre, les bretelles et la ceinture
Babelio organise le mois de la littérature jeunesse. Au programme, des jeux, des challenges de lecture et un concours d'écriture de conte. Venez sur le forum lire les autres contributions !
Tous les matins, avant d’aller à l’école, Pierre s’habillait comme sa maman le lui avait appris. D’abord la culotte et la chemise, puis les chaussettes et le pantalon. Enfin les bretelles et la ceinture. Parce que Pierre faisait souvent le même cauchemar : pendant la récréation, son pantalon lui tombait sur les genoux et tout le monde se moquait de lui. Alors Pierre n’osait jamais jouer avec ses amis dans la cour de l’école : il restait assis en attendant la classe.
Pierre portait donc bretelles et ceinture. Mais voilà, ces deux accessoires ne s’entendaient pas du tout. Les bretelles étaient toutes fières d’être deux et d’emporter le pantalon de Pierre vers le ciel. La ceinture se trouvait plus respectable avec sa boucle argentée et ses quatre trous, le quatrième étant le préféré de Pierre.
Chaque jour, les bretelles espéraient que Pierre ne mettrait pas la ceinture et chaque jour, la ceinture priait pour que Pierre laisse les bretelles dans le tiroir. Mais Pierre faisait toujours son cauchemar. Sa maman lui disait que son pantalon avait des boutons solides et qu’il était exactement à sa taille. Rien à faire, Pierre sortait tous les jours avec bretelles et ceinture.
Pierre voyait bien que quelque chose n’allait pas avec son pantalon et ce n’était pas à cause de la peur de le voir s’effondrer sur ses genoux. Un peu plus chaque jour, il sentait son pantalon remonter vers ses épaules et serrer son ventre un peu plus fort. Une nuit, en se levant pour boire un verre d’eau, il entendit une drôle de discussion dans le tiroir de sa commode.
- « Ça ne peut plus durer, disaient les bretelles.
- C’est vous qui avez commencé, répondait la ceinture.
- Pierre ne peut pas continuer à nous porter ensemble, il faut qu’il nous choisisse.
- Impensable, je suis plus solide que vous. Son pantalon ne tombera jamais avec moi. »
Abasourdi, Pierre se recoucha et réfléchit longtemps. Le lendemain matin, il s’habilla comme d’habitude. Mais il fit quelque chose de stupéfiant : il fit un nœud avec les bretelles autour de sa taille et il attacha la ceinture en travers de ses épaules, de sa hanche droite à sa fesse gauche, avec des épingles de nourrice. Les bretelles et la ceinture étaient bien étonnées de se retrouver la tête à l’envers. Mais elles ne bronchèrent pas de la journée.
Le soir, les bretelles et la ceinture furent bien contentes de retrouver l’obscurité du tiroir. Les bretelles avaient compris que la ceinture était bien courageuse de rester enroulée autour de Pierre toute la journée. La ceinture se demandait comment les bretelles n’avaient pas le tournis à force de voir devant et derrière en même temps.
Et dans son lit, Pierre souriait. Pour la première fois depuis longtemps, il n’avait pas eu peur de perdre son pantalon. Il trouvait tellement drôle d’avoir inversé ses bretelles et sa ceinture qu’il en avait pleuré de rire à la récréation, à se rouler par terre et à sauter dans tous les sens. Et son pantalon n’avait pas glissé. Demain, Pierre le savait, il ne mettrait que ses bretelles. Et le jour d’après, il ne mettrait que sa ceinture. Et ainsi de suite.
Désormais, Pierre n’a plus peur de perdre son pantalon. Et la nuit, dans le tiroir de la commode, les bretelles et la ceinture se racontent à tour de rôle les journées à l’école.
Défi littéraire de Babelio - Pixel
En ce joli mois de juin, on écrit sur PIXEL. Allez lire les textes des participants sur le forum !
De cet instant où tu m’as laissée, je pensais tout retenir. À ce moment si fatal, il me semblait que je garderais tout de ton être en fuite. Mais déjà tu retournes à l’anonyme, tes contours s’effacent. Ma mémoire émiette ton image. Te croiserais-je dans ce café que mon cœur bondirait de reconnaissance. Mais à te chercher dans les ruelles mouillées de mon souvenir, je perds des morceaux de toi. Image enregistrée sans sauvegarde, avec garde-folle, ton visage se délite. Combien de temps avant que le fichier soit définitivement endommagé ? Combien de nuits où tu ne passeras qu’en ombre, ne me laissant au réveil que l’amer souvenir d’une silhouette sans frontière ?
Les photos n’y changent rien. Déjà je ne te reconnais plus. Tu n’es plus celui-là pour lequel j’avais aménagé mon cœur. Tu n’es plus celui à qui la peur d’aimer m’avait fait tout refuser avant de tout lui sacrifier. Dans les traces de ton dernier passage, je ne te retrouve plus comme aux premiers instants de la solitude. Ce que tu as abandonné ici redevient simple objet. Le pouvoir de l’évocation meurt et ces choses ne sont plus que parasites dans mon décor, comme l’image mal réglée d’un vieux poste de télé.
Tu es l’accusé d’un crime sans coupable. Mais je floute ton visage. Derrière quelques dizaines de carrés sans couleur ni épaisseur, j’efface ton souvenir. Tu passes dans mes journées comme un condamné à l’oubli. Si je souhaite que tu vives dans mon disque durement rayé ? Le voudrais-je que le temps reprend ses droits et qu’il efface patiemment les restes de toi. À m’accrocher plus désespérément à ton essence qui se liquide, je ne fais qu’effriter plus sûrement la paroi qui me libérera de toi. L’arrêt sur image n’est pas possible. Tout est mort programmée de ton visage : l’hiver qui revient et que tu me haïssais d’aimer, ma plaie qui se referme, les larmes qui s’assèchent. Bientôt les octets de ton souvenir seront trop faibles pour ramener ton image. Dans ce maelström sans attache, tu disparaîtras et ma peine se taira. Tu redeviendras pixel…
Défi littéraire de Babelio - Pomme
Le mois du mois sur Babelio est POMME. Venez lire les autres textes sur le forum !
Ouais ouais, c'est un peu court...
Père, tu nous as jetés de ton royaume.
On vit peut-être dans un beau capharnaüm.
Mais ici, on peut abuser du sodium,
Même d’une bouteille de bon vieux rhum.
Et surtout finir toute la tarte aux pommes.




